Combien coûte une succession en France : droits, notaire, banque
Le coût d'une succession se joue sur quatre postes : les droits de succession, les frais de notaire, les frais bancaires et les obsèques. Barèmes 2026, abattements, exemples chiffrés — tout est vérifié sur les textes en vigueur.
« Combien va coûter la succession ? » est souvent la première question concrète que se posent des héritiers — et l'une des plus mal renseignées en ligne, entre barèmes périmés et confusions entre l'impôt et les frais. La réponse honnête tient en une phrase : cela dépend presque entièrement du lien de parenté avec le défunt et de la composition du patrimoine. Un conjoint survivant ne paie aucun droit de succession ; un héritier sans lien de parenté peut en payer 60 %.
Ce guide passe en revue les quatre postes de dépense d'une succession — les droits de succession, les frais de notaire, les frais bancaires et les frais d'obsèques — avec les barèmes et abattements applicables en 2026, vérifiés sur les textes consolidés (code général des impôts, code de commerce, code monétaire et financier).
Les quatre postes de dépense d'une succession
On confond souvent « frais de succession » et « droits de succession ». En réalité, quatre postes distincts peuvent s'additionner, et leur poids relatif varie énormément d'une situation à l'autre : une succession entre époux sans bien immobilier peut ne presque rien coûter, quand la transmission d'un patrimoine à un tiers peut en absorber plus de la moitié.
- Les droits de succession : l'impôt calculé sur la part de chaque héritier, après abattement, selon un barème qui dépend du lien de parenté.
- Les frais de notaire : des émoluments réglementés, identiques chez tous les notaires, acte par acte — auxquels s'ajoutent les débours et, précisément, les droits dus au Trésor que le notaire collecte.
- Les frais bancaires de succession : plafonnés depuis novembre 2025 à 1 % des avoirs, dans la limite de 857 € par établissement.
- Les frais d'obsèques : à la charge de la famille, avec deux mécanismes d'allègement — le paiement direct sur le compte du défunt et une déduction fiscale de 1 500 €.
Droits de succession : qui est exonéré, qui a droit à quel abattement
Le conjoint survivant et le partenaire de PACS sont totalement exonérés de droits de succession (article 796-0 bis du code général des impôts). Attention toutefois à une confusion fréquente : cette exonération ne fait pas du partenaire de PACS un héritier. Sans testament, le partenaire de PACS n'hérite de rien — l'exonération ne joue que sur ce que le défunt lui a légué par testament. Les époux, eux, sont héritiers l'un de l'autre par la loi.
Pour les autres héritiers, tout commence par un abattement : une fraction de la part reçue qui échappe à l'impôt (article 779 du CGI). Ce n'est qu'au-delà que le barème s'applique.
- Enfant (ou parent) du défunt : 100 000 € d'abattement chacun.
- Frère ou sœur : 15 932 €.
- Neveu ou nièce : 7 967 €.
- Héritier en situation de handicap l'empêchant de travailler dans des conditions normales : 159 325 €.
- À défaut de tout autre abattement — concubin, ami, parent éloigné : 1 594 € seulement (article 788 du CGI).
Le barème 2026 en ligne directe, avec un exemple complet
Entre parents et enfants (la « ligne directe »), le barème de l'article 777 du CGI est progressif : chaque tranche de la part taxable — après abattement — est imposée à son propre taux.
Exemple : un enfant unique hérite de 350 000 €. Après l'abattement de 100 000 €, la part taxable est de 250 000 €. Les trois premières tranches représentent environ 1 381 € d'impôt, puis l'essentiel est taxé à 20 % : au total, 48 194 € de droits, soit un taux effectif d'environ 13,8 % de la somme reçue. Retenez l'ordre de grandeur plutôt que le taux marginal : hériter de 350 000 € en ligne directe ne coûte ni 5 %, ni 20 %, mais entre les deux.
- Jusqu'à 8 072 € : 5 %.
- De 8 072 € à 12 109 € : 10 %.
- De 12 109 € à 15 932 € : 15 %.
- De 15 932 € à 552 324 € : 20 % — la tranche où se joue l'essentiel des successions.
- De 552 324 € à 902 838 € : 30 %.
- De 902 838 € à 1 805 677 € : 40 %.
- Au-delà de 1 805 677 € : 45 %.
Hors ligne directe : des taux qui grimpent très vite
Dès que l'on sort de la ligne directe, le barème change de nature. Entre frères et sœurs, les droits sont de 35 % jusqu'à 24 430 € de part taxable, puis 45 % au-delà. Entre parents jusqu'au quatrième degré — oncles, tantes, neveux, nièces, cousins germains — le taux est unique : 55 %. Au-delà du quatrième degré et entre personnes sans lien de parenté, il atteint 60 %.
La comparaison est parlante : pour 100 000 € reçus, un enfant ne paie aucun droit (l'abattement couvre tout), quand un neveu paie environ 50 600 € — abattement de 7 967 €, puis 55 % sur le reste. C'est le même héritage, et plus de la moitié part à l'impôt. D'où l'importance, pour les transmissions hors ligne directe, d'anticiper avec un professionnel — assurance-vie, donations, testament — plutôt que de subir le barème par défaut.
L'assurance-vie se calcule à part
Les capitaux versés au bénéficiaire d'une assurance-vie ne suivent pas, en principe, le barème des droits de succession : ils ont leur propre fiscalité, souvent plus douce. Pour les primes versées par le défunt avant ses 70 ans, chaque bénéficiaire dispose d'un abattement de 152 500 €, puis la part taxable est prélevée à 20 % jusqu'à 700 000 € et à 31,25 % au-delà (article 990 I du CGI).
Pour les primes versées après 70 ans, le régime bascule : un abattement global de 30 500 € — partagé entre tous les bénéficiaires, tous contrats confondus — s'applique sur les primes, et l'excédent est soumis aux droits de succession selon le lien de parenté (article 757 B du CGI). Les gains accumulés sur le contrat, eux, ne sont pas taxés dans ce cadre. Dans les deux régimes, le conjoint et le partenaire de PACS bénéficiaires sont exonérés. Des règles particulières subsistent pour les contrats les plus anciens : en cas de doute, faites vérifier la date de souscription et les dates de versement.
Encore faut-il que le contrat soit réclamé : un capital d'assurance-vie dont personne ne connaît l'existence ne profite à personne. La recherche est gratuite auprès de l'AGIRA, et sur Ciclade pour les sommes déjà transférées à la Caisse des Dépôts — aucun service payant n'est nécessaire.
Les frais de notaire : des émoluments réglementés, acte par acte
Les émoluments du notaire sont fixés par arrêté (articles A444-53 et suivants du code de commerce) : ils sont les mêmes dans toutes les études, et le tarif actuel est reconduit jusqu'au 29 février 2028. Ce que coûte « le notaire » dépend donc des actes que votre succession nécessite — pas de l'étude choisie. Les montants réglementés s'entendent hors TVA (20 %), et il faut y ajouter les débours (documents d'état civil, formalités) ainsi que les impôts que le notaire collecte pour le Trésor.
L'acte de notoriété, qui établit qui hérite, coûte 56,60 € HT (67,92 € TTC) d'émolument, hors formalités annexes. Beaucoup de sites — et certaines pages officielles — citent encore 57,69 € : c'est l'ancien tarif, en vigueur avant mars 2020. La déclaration de succession est facturée selon un barème dégressif sur l'actif brut : environ 1 416 € HT (près de 1 700 € TTC) pour un actif de 300 000 €. S'il y a un bien immobilier, l'attestation de propriété suit son propre barème — de l'ordre de 1 236 € HT pour un bien de 200 000 €.
D'autres actes ont chacun leur tarif réglementé : l'inventaire du mobilier, ou encore le partage si les héritiers sortent de l'indivision — l'acte le plus coûteux, avec un barème proportionnel qui atteint près de 1 % au-delà de 60 000 €. Enfin, sur la part de ses émoluments proportionnels calculée sur les tranches au-delà de 100 000 €, le notaire peut consentir une remise, plafonnée à 20 % (article A444-174) : elle peut se demander, jamais s'exiger.
Les frais bancaires : plafonnés, mais plus jamais gratuits
Chaque banque dans laquelle le défunt détenait des comptes facture des frais de traitement de la succession. Depuis le 13 novembre 2025, ils sont plafonnés à 1 % des avoirs détenus dans l'établissement, dans la limite de 857 € par banque — et depuis le 19 juin 2026, il n'existe plus aucun cas de gratuité légale : les trois exonérations prévues par la loi de 2025 ont été censurées par le Conseil constitutionnel. Le point important est que le plafond s'applique par établissement : trois banques, trois plafonds.
Nous consacrons à ce sujet une analyse détaillée — texte par texte, avec ce qui a été validé et censuré — dans notre article sur les frais bancaires de succession, à retrouver ci-dessous dans les articles liés.
Les obsèques : deux mécanismes d'allègement à connaître
Les frais d'obsèques sont engagés dans les tout premiers jours, avant même que la succession ne soit organisée. Deux dispositifs évitent qu'ils pèsent entièrement sur la trésorerie des proches. D'abord, la personne qui pourvoit aux funérailles peut faire régler la facture directement par débit du compte bancaire du défunt, dans la limite de 5 965 € (article L.312-1-4 du code monétaire et financier, montant 2026), même si les comptes sont bloqués.
Ensuite, au moment du calcul des droits, les frais funéraires sont déduits de l'actif de la succession pour un montant forfaitaire de 1 500 € (article 775 du CGI). Le coût réel des obsèques dépasse le plus souvent ce forfait — comparez les devis, que les opérateurs funéraires ont l'obligation de fournir, avant de vous engager.
Déposer la déclaration à temps : les retards coûtent cher
La déclaration de succession doit être déposée dans les 6 mois du décès lorsque celui-ci survient en France métropolitaine, et dans l'année dans tous les autres cas (article 641 du CGI). Il existe une dispense pour les petites successions : en ligne directe, pour le conjoint et le partenaire de PACS, aucune déclaration n'est exigée si l'actif brut est inférieur à 50 000 € et en l'absence de donation antérieure non enregistrée ; pour les autres héritiers, le seuil est de 3 000 € (article 800 du CGI).
Passé le délai, le retard se paie : intérêt de 0,20 % par mois sur les droits dus, puis une majoration de 10 % qui s'ajoute à partir du treizième mois suivant un décès en métropole. Or le retard vient rarement de la négligence : il vient du temps perdu à reconstituer le patrimoine — retrouver les comptes, les contrats, les organismes. C'est précisément le travail d'enquête qui peut être évité.
Le coût que personne ne calcule : ce qui n'est jamais retrouvé
Les barèmes ci-dessus décrivent ce que coûte une succession que l'on maîtrise. Mais le vrai surcoût, dans beaucoup de familles, est ailleurs : des frais bancaires multipliés par des comptes dispersés dans des établissements oubliés, une déclaration déposée en retard faute d'avoir reconstitué le patrimoine à temps, et des avoirs que personne ne réclame — jusqu'à leur transfert à la Caisse des Dépôts.
C'est le rôle de Vitalegis : le titulaire recense de son vivant ses comptes, contrats et organismes, et désigne les proches qui recevront ce répertoire le moment venu. Ils sauront où chercher dès la première semaine — sans jouer aux détectives, et sans rien perdre en route.
Questions fréquentes
Combien coûte une succession pour un enfant qui hérite de 200 000 € ?
Après l'abattement de 100 000 €, la part taxable est de 100 000 € et les droits de succession s'élèvent à 18 194 € (barème de l'article 777 du CGI). S'y ajoutent les frais de notaire selon les actes nécessaires (acte de notoriété, déclaration de succession, attestation de propriété s'il y a un bien immobilier) et les frais bancaires, plafonnés à 857 € par établissement.
Le conjoint survivant paie-t-il des droits de succession ?
Non. Le conjoint survivant et le partenaire de PACS sont exonérés de droits de succession (article 796-0 bis du CGI). Deux nuances : le partenaire de PACS n'hérite que si un testament le prévoit — l'exonération ne crée pas de droit à hériter — et l'exonération ne couvre ni les frais de notaire, ni les frais bancaires, qui restent dus.
Peut-on régler une succession sans notaire ?
Oui, dans un cas bien délimité : pas de bien immobilier, pas de testament ni de contrat de mariage, pas de contestation entre héritiers, et des avoirs bancaires inférieurs à 5 965 € par établissement — les comptes peuvent alors être débloqués avec une simple attestation signée de tous les héritiers. Un bien immobilier rend en revanche le notaire incontournable, quel que soit le montant, car l'attestation de propriété est un acte notarié.
L'assurance-vie est-elle soumise aux droits de succession ?
En principe, non : elle a sa propre fiscalité. Pour les primes versées avant les 70 ans de l'assuré, chaque bénéficiaire profite d'un abattement de 152 500 €, puis d'un prélèvement de 20 % jusqu'à 700 000 € et de 31,25 % au-delà. Pour les primes versées après 70 ans, un abattement global de 30 500 € s'applique et l'excédent des primes est soumis aux droits de succession selon le lien de parenté. Le conjoint et le partenaire de PACS sont exonérés dans les deux cas.
Sources officielles
- Legifrance, Article 777 du code général des impôts (barème des droits de succession)
- Legifrance, Article 779 du code général des impôts (abattements)
- Legifrance, Article 796-0 bis du code général des impôts (exonération du conjoint et du partenaire de PACS)
- Legifrance, Article 990 I du code général des impôts (assurance-vie, primes versées avant 70 ans)
- Legifrance, Article 757 B du code général des impôts (assurance-vie, primes versées après 70 ans)
- Legifrance, Article 775 du code général des impôts (déduction des frais funéraires)
- Legifrance, Article A444-66 du code de commerce (émolument de l'acte de notoriété)
- Legifrance, Article A444-63 du code de commerce (émolument de la déclaration de succession)
- Legifrance, Article A444-174 du code de commerce (remise du notaire au-delà de 100 000 €)
- Service-public.gouv.fr, Succession : comment prouver sa qualité d'héritier ? (fiche F12697)